Les Daltoniens nous en parlent !

23. oct., 2018

Noémie

Femme et daltonienne, c’est bien moi, je n’ai encore jamais rencontrer une autre femme dans mon cas. Je suis une rareté !

Tout d’abord merci à l’auteur de ce site, et aux auteurs des témoignages, j’ai apprécié lire quelques articles.

Finalement je vois qu’être une femme ou un homme daltonien c’est presque pareil.

Comme vous tous amis daltoniens j’ai eu mon quota de questions et d’interrogations ! La plus grosse difficulté que j’ai rencontré lorsque j’étais élève était de convaincre mes professeurs que j’étais une vraie daltonienne ! Hé oui une fille ! C’est rare mais ça existe ! Et parfois on ne me prenait pas au sérieux... donc lettre des parents ou convocations... si, si... Chaque début d’année, j’allais voir les professeurs pour leur informer de mon daltonisme. Être un garçon aurait été tellement plus simple au moins ils savent que ça existe !

Le plus souvent on me répondait avec certitude : "mais, ça n’existe pas les filles daltoniennes !" à chaque fois la même rengaine et comme vous tous surement, j’ai eu le droit à la fameuse question : "Tu vois "ça" de quel couleur ?" Et lorsque j’ai eu mon permis : "mais comment tu fais pour les feux ?" la question me parait tellement stupide, tout simplement je réponds : " c’est allumé en haut je m’arrête, c’est allumé en bas j’avance !" Bref les gens me regardent avec un air hébété et comprennent que leur question est stupide à mes yeux hinhin !

Même ma mère n’y croyait pas au début, pensant également que les filles daltonienne n’existaient pas ! À l’école mon écriture était toujours de travers car je ne voyais pas les lignes bleues ciel sur les feuilles blanches.

C’est un ophtalmo qui m’a fait faire les tests du daltonisme je devais avoir 4 ou 5 ans et hooo surprise ! Du coup j’ai eu le droit à un cadeau en rentrant... un jeu de société avec des formes en bois de couleur et des cartes de couleur bien sur, inutile de vous dire qu’avec ce jeu je perdais à tous les coups... C’était la grande nouvelle, la rareté de la famille...

L’explication de mon daltonisme vient de là : mon père est daltonien et mon grand-père maternelle également, ma mère porte donc le gène du daltonisme, la faute à pas de chance, j’ai eu les deux gènes ! Arf et pourquoi pas mon frangin !

Mais c’est quand même l’éclate totale ! Il a fallut étiqueter sur tout mes crayons et feutres les noms des couleurs... Et les rentrées, quelle galère pour ma mère, c’était sa corvée étant donné que mon père ne pouvait pas le faire, étiqueter étiqueter...

Je dois quand même avouer que mon daltonisme provoque de gros fous rire parfois, surtout quand mon père et moi sommes 2 à affirmer que la couleur des yeux de ma mère et de mon frère sont rouges et non marrons. Un jour on m’a enfin expliqué que mon épagneul breton était marron et blanc et non VERT et BLANC !

Bref je prends ça avec le sourire même si parfois on se rend bien compte qu’on nous oublie dans la société.... J’aurais aimé être coiffeuse... mais bien sûr je m’imagine bien conseiller une dame pour une couleur de cheveux et qu’elle ressorte du salon avec les cheveux couleurs caca d’oie... Cette image me fait rire... j’aime imaginer ce genre de situation... Finalement j’ai travaillé avec des enfants en centre de loisirs, ils ont bien compris le problème même si c’était compliqué de leur expliquer "pourquoi j’étais ainsi ?" mais en règle générale ils sont bien plus compréhensifs que les adultes (comme l’a souligné un enseignant daltonien dans son témoignage ).

Aller faire les magasins pour m’acheter des vêtements c’est la galère... Je porte que du noir, du gris ou du blanc... cool... ça m’agace tellement de chercher des couleurs qui s’accordent et pourtant parfois j’aimerais m’habiller avec ces couleurs que je déteste tant.

Pendant mon adolescence en encore parfois maintenant ma féminité en prend un coup... Et je me sens toujours stupide de demander la couleur d’un vêtement ou conseil à une vendeuse...

Je suis maman d’une petite fille de 2 mois, je sais qu’elle ne sera pas daltonienne. Pour l’instant je n’ai pas trop de soucis à me faire mais je sais que je ne pourrai jamais l’aider dans son apprentissage des couleurs... ou bien aller lui choisir des vêtements... c’est déjà compliqué...

Son papa c’est pas son truc les magasins c’est bien un truc de fille héhé mais qui sait peut-être qu’un jour si j’ai un petit garçon daltonien je me dis que les crayons de couleurs des rentrées, c’est son papa qui se coltinera le boulot de l’étiquetage ! Et Toc !

A présent, j’essaye d’en rire de ce daltonisme et de me dire qu’il y a plus grave comme "handicap". Alors quand on me pose une question sur les couleurs je réponds toujours : "Ho ! Tu sais moi et les couleurs... ça ne me pose aucun problème :-) "

Chers lecteurs, daltoniens ou non, merci de m’avoir lu et j’espère que vous garderez à l’esprit que nous aussi "les daltoniennes" nous existons !

23. oct., 2018

Jacques

Daltonien depuis 50ans, et artiste peintre amateur depuis 20 ans, je ne savais pas comment exprimer mon ressenti, mais après avoir lu le témoignage de Pascal, je retrouve tout ce qu’il exprime et peux le retranscrire pour mon propre cas. Surtout le rapport avec le rouge, qui pour moi est une belle couleur, mais je ne vois pas pourquoi on l’utilise comme couleur d’alarme. Pour moi elle ne ressort pas plus du lot qu’une autre couleur vive. Je serai plus alerté par le bleu.

Quant à mon daltonisme, je confond marron et vert, violet et bleu. Je vois beaucoup de bleu et beaucoup de vert.

Pour la peinture, je n’ai pas besoin de beaucoup d’aide, juste quelques informations de ma femme ou de mes enfants, sur les couleurs de base que je dois reproduire et ensuite, connaissant très bien la mécanique des couleurs, tout se passe bien.

J’ai déjà participé à des expositions et animé des séances d’initiations pour des enfants, personne en s’est jamais aperçu que je suis daltonien, et de toute façon c’est quelque chose que je ne cherche pas à cacher.

23. oct., 2018

Fred

Je suis daltonien, détecté à 16-17 ans. Je n’ai pas du tout apprécié cette nouvelle car je ne rêvais que d’avions et de devenir pilote. Par ailleurs j’ai une excellente vue. Qualité liée ou non à ce défaut, je vois également bien avec très peu de lumière...

Ce qui a été difficile était de revoir mes choix d’orientation professionnelle. J’ai opté pour l’informatique, développement de logiciel.

Mais cette découverte m’a permis d’expliquer beaucoup de choses a posteriori : 
-  pourquoi je n’ai jamais compris l’intérêt des feux d’artifice. Je n’y vois que le bleu. Tout le reste n’est pour moi que lumière blanche. 
-  ma vision des arcs-en-ciel, jamais en accord avec les gens qui m’accompagnent... - pourquoi, je ne vois pas les fruits dans les arbres à plus de 5 mètres. Combien de fois j’ai étonné mon entourage à ne rien voir devant un cerisier que tout le monde s’accordait à qualifier de formidablement chargé. 
-  pourquoi je ramasse les fraises pas assez mures 
-  pourquoi, je ne voyais pas la craie rouge sur le tableau noir (qui est souvent vert), avec une espèce d’effet vibratoire très désagréable.. 
-  mes problèmes au lycée avec les indicateurs colorés. La fiole entière passait dans mes dosages sans qu’il ne vire ce fichu indicateur. 
-  ma difficulté à traduire la signalétique couleur des composants électroniques (résistances marrons, rouges, oranges). 
-  je ne parle pas de mes choix vestimentaires.

Aujourd’hui je suis incapable d’analyser correctement les LED des matériels de communication (routeurs, switches et autres modems). Je ne distingue pas le vert du orange et suivant le contexte, difficilement le rouge. C’est d’ailleurs probablement un véritable danger, car des tas de daltoniens non détectés peuvent exercer dans ce type d’environnement tout à fait librement. On imagine les dégâts s’ils sont acteurs dans l’industrie nucléaire par exemple.

Pour ma part, aucune difficulté avec les feux tricolores de circulation, sans parler de position. Une Exception mise à part : certains petits feux (position basse) sont constitués d’une composition de pastilles lumineuses. je "sais" que le vert est vert, mais en réalité, je ne le distingue pas du jaune/orange.

Bizarrement, je distingue parfaitement les couleurs d’objets pris de manière isolée. Une tomate est rouge. Des poivrons rouge ou vert une orange orange, etc. Même dans un panier, que j’aurais sous les yeux, pas de problème.

Mon expérience, (j’ai 50 ans) me laisserait penser que la dimension relative des objets observés joue un rôle important. Plus exactement la portion angulaire occupée par l’objet : une cerise sous mon nez, est rouge sans aucune hésitation, même au milieu d’une laitue. La même cerise (et toutes ses sœurs), je ne la voie pas à 5 mètres dans l’arbre.

Comme il a été dit par ailleurs, il est effectivement très important que les enseignants soient sensibilisés à cette question, car cette anomalie de la vision peut expliquer certaines incapacités des élèves à effectuer correctement certaines tâches - sans parler de leur avenir.

23. oct., 2018

X.

J’ai lu avec intérêt le témoignage de Claude concernant son expérience et j’ai eu l’impression de revivre la mienne.

Lors de mon service militaire, j’ai moi aussi été classé C4 par un recruteur indulgent qui a accepté de ne pas me mettre C5 qui signifiait alors la réforme. En revanche, rien à faire pour un service dans la police où, déjà, il fallait un classement C3 maximum. Un recours effectué à l’issue de mon service pour obtenir un changement de ce classement n’y a rien changé (nouvel examen avec tests d’Ishihara et de la lanterne de Beyne avec une grande focale désastreux...). Résultat : maintien du niveau 4.

Pour autant, je n’ai pas renoncé et j’ai quand même passé le concours en me disant que l’on verrait bien. Lors de la visite médicale, même si mon défaut a été relevé, cela n’a curieusement pas été un obstacle. Je suis même aujourd’hui officier de police (donc deux visites médicales de titularisation passées). Je n’ai donc qu’un conseil à donner à Claude c’est de retenter sa chance. Bonne chance.

23. oct., 2018

Thomas

Je viens de faire la connaissance de votre sujet sur le daltonisme dans le milieu professionnel, et tiens à apporter mon témoignage.

J’ai lu le témoignage du candidat en police. Celui-ci s’est vu déceler un daltonisme dans son sigycop de C=4 (sens chromatique). Moi j’ai fait pareil mais en gendarmerie, et les médecins ont remarqué un trouble de la vision (test de Ishihara : 49 erreurs sur 50... Donc examen dans un hôpital militaire à Paris avec test de la lanterne de Beyne etc.

Résultat de tout çà : C=2. À ce jour je suis embauché en gendarmerie depuis 8 ans, et suis actuellement motocycliste. Donc tout est possible, faut y aller au culot...

Je précise qu’à mon niveau le fait de ne pas distinguer les couleurs n’a jamais été un handicap, plutôt une différence, le tout c’est de s’accepter comme on est !!!